48h à peine après avoir foulé le sol de la terre du Yucatan, Armel revient sur 4 semaines d’une course vraiment pas comme les autres.
« Quand on est parti de Saint-Nazaire très vite il fallait rentrer dans le vif du sujet, être dans le match tout de suite pour affronter les 1ers passages de front et se positionner dès la 1ère nuit pour prendre la bascule de vent au bon endroit. L’objectif pour nous était d’être devant tout de suite, avec un bon angle par rapport au vent. Très vite la météo a imposé son rythme à la course, par ses conditions de mer et de vent assez fort, c’est là où les écarts se sont formés. Ce n’était pas simple parce qu’il fallait et en même temps faire marcher le bateau au mieux et faire de la stratégie pour être au bon endroit.
On ne s’attendait pas à avoir autant de dépressions à suivre, à la fin de la 1ère nuit au passage du 2nd front, on s’est dit « le plus dur est derrière nous »… et en fait ça a duré pendant 6 jours !!! On a attendu presque 15 jours pour accrocher les alizés. Pour nous ça a été 15 jours de bagarre. Dans les Açores, y’a un chariot de grand voile qui a explosé, puis 2, puis 3 puis 4… On s’est retrouvés à devoir affaler la grand’voile sur le pont, avec une nuit noire et 30 nœuds de vent, à devoir réparer les chariots avec de la colle à prise rapide. On a été super efficaces sur la réparation : en 1h c’était fait ! »
Côté vie à bord, quels sont les points particuliers que tu as envie d’évoquer avec nous ?
« Je commencerais par le sommeil : C’est la 1ère fois que je dors autant, et ce qui est surtout important c’est qu'on respectait vraiment le rythme de sommeil de chacun, donc c’est fabuleux. Tu t’aperçois qu’en fait on était souvent sur un rythme de 3h. Y’a rien de pire que d’être réveillé, t’as les yeux collés pendant ½ heure, et du coup t’es pas très efficace. Ensuite la nourriture. Après avoir s’être nourris exclusivement de Lyophilisés et de Renutril (plat hyperprotéiné ndlr), le Best’of de cette transat, c’est le Mc Cargill. Avec les tranches de fromage fondu et les petits pains aux noix BIOFOURNIL qu’on fait griller… c’est trop bon !! On a décidé avec Damien d’ouvrir une échoppe, Le « Bar des Chouchous », vu que c’est le surnom qu’on nous a donné lors de la grande parade Solidaire à Saint-Nazaire. »
Quels enseignements à tirer pour ta prochaine transat l’AG2R ? (départ 18/04 de Concarneau).
« J’ai encore progressé dans l’analyse météo, la prise de décision stratégique. Et Damien GRIMONT, co-organisateur de la course et ami d’Armel de confirmer : « pour Armel c’était la transat de la maturité, il a vraiment fait avec Damien (SEGUIN) une trajectoire de marin mature. »
Revenons si tu veux bien sur cette première course pour toi en 40 pieds.
« Contrairement au Figaro, ce n’est pas de la monotypie, mais une jauge commune dans laquelle les architectes peuvent s’exprimer. Du coup t’es quand même moins à regarder ce que font les autres puisque tu sais que tu as des différentiels de vitesse entre les bateaux. Donc finalement tu fais plus ton choix de route et tu es moins influencé par les choix des autres. Pour nous par exemple, on ne pouvait pas faire de près serré avec notre bateau. Tu fais de la stratégie, sans tenir compte du classement des autres bateaux. Ça permet d’envisager une stratégie qui peut te faire perdre à court terme des places au classement pour mieux se positionner face à un système météo à venir. »
Des dédicaces spéciales aux couleurs mexicaines ? « Oui, tout à fait. Mes sincères remerciements en direct de PROGRESO à mes sponsors embarqués à la dernière minute, QUO VADIS, MOULIN ROTY, MAGELAN et ISIALYS qui m’ont fait confiance sur mon CV de marin, et mon envie de m’engager dans cette course SOLIDAIRE. Premiers partenariats, première édition, pourquoi pas le début de nouvelles histoires… ? Je tiens à rajouter que la manière dont j’ai navigué, avec Damien, est pour moi le fruit des 6 ans passés en Figaro avec Gedimat, fidèle sponsor avec qui je repars pour la 7ème année sur le circuit professionnel Figaro. » Rendez-vous est pris pour l'AG2R et la Solitaire du Figaro, dont le parcours sera dévoilé à l’occasion du salon nautique le 3/12).
Et dans 2 ans ? « On sera là…en tout cas j’espère !! »